Admiration : nom féminin.

Prendre la plume avant que le sentiment ne s’estompe. Saisir au vol cette chaleur presque douloureuse qui saisit gorge et entrailles, les yeux brillants d’avoir touché un peu de la magie du monde. L’exercice peut paraître futile, le trait grossi ou naïvement emporté. Qu’importe. Il y a des rencontres qui pansent l’âme et recouvrent d’un voile lumineux ce qui les entoure.

Elles sont aussi rares que précieuses. Se confondent parfois avec un coup de foudre amoureux. Et font réaliser à quel point l’Homme est aussi capable du meilleur.

Récemment, le destin a de nouveau mis sur ma route l’une de ces personnes. J’ai alors pris conscience que toute ma vie avait été façonnée par des modèles, qui me renvoient à mes idéaux mais aussi à l’immensité du chemin qu’il reste à parcourir pour les atteindre. Qui me poussent vers l’avant lorsque je doute de mes choix et qui consolident les voies que je souhaite emprunter.

Jusqu’ici, la chance m’en a fait croiser six. Six feux d’artifices de neurones miroirs, épicentres de mes séismes intérieurs, que ce soit sur ma représentation du monde, des autres ou de moi-même.

—————- D —————-

Enfant détricotée, 12 ans, et la tristesse en bandoulière. Elle, sereine, aimante, qui sait. Qui enseigne la patience et les mots. Qui entend le hurlement silencieux et couche au crayon sur un brouillon d’examen rose que la vie a de la valeur. Et que personne n’a le droit de m’en faire douter. Elle, que j’aimerais remercier, bientôt 15 ans plus tard, pour toute la lumière qu’elle a su éveiller en moi. Sa lettre encore précieusement conservée au creux d’un cahier.

—————- A —————-

A 17 ans, l’âge de tous les (im)possibles, une femme. Qui dresse, matricielle face à ma perdition, toute son écoute et sa bienveillance. Qui ouvre un autre chemin, loin du carcan adolescent et des certitudes. Qui croit en moi comme j’ai cru en Eux, capture l’image de transition et m’incite à dire. Qui répare le pont brisé du monde des adultes. Et qui, sans le savoir, a orienté celle que je suis aujourd’hui.

—————- N —————-

Adulescence, encore, et la Voix de celui qui a façonné mes émois culturels. L’âge d’être mon père et le don de faire de l’imperfection un poème. Une ôde à la simplicité de l’être. A la beauté du rien. Et aux femmes de tous temps. Qui ouvre la bouche comme on ouvre un livre. Et qui m’apprend Duras, Plath et Salinger. Premiers pas d’affirmation de soi parmi le Tout.

—————- A —————-

A l’âge du Savoir, il pousse toutes les portes. Sciences humaines en trame de fond, il devine le crépitement confiné dans ma tête. Me tire les vers du coeur pour expliquer à d’autres. Puise dans ma réalité un sujet d’étude et me dit que bientôt, je saurai faire aussi. Les dernières barrières tombent, les livres se révèlent. Empilées, compilées, mes phrases numériques. La passion conservée dans une arborescence. Il en dessine une carte et y dresse ma croix. Sur sa route, j’ai soif du monde.

—————- L —————-

L’exil salvateur. Renaissance espérée par delà l’Atlantique. Le coeur ouvert sur l’immensité de ce qu’il reste à apprendre. Elle, cathartique, l’amour en étendard. Et ce calme qui console l’incessante question. La foi révélatrice et galvanisante. Une corde invisible qui pousse au dépassement. Elle aura fait du Bien l’horizon de toute chose et remis sur les rails mes idées baladeuses. Je garde sans cesse en tête son sourire, qui renverse tout un monde préconçu. Et qui m’assure que rien, jamais, ne sera immuable.

—————- E —————-

Faut-il nier le contexte pour avancer sereine ? Elle m’a appris que non. Quelque soit la route, entretenir les chemins de traverse. Où rien n’est jamais monochrome et rien n’est jamais acquis. Attachée à ce monde que je ne sais plus voir, elle se révèle, puissante et déterminée.  Infuse la connaissance qui fait fi des frontières. Gagne les guerres dans un battement de cil, mais sait se salir les mains lorsque c’est nécessaire. Femme, elle dépose ce tatouage indélébile dont j’effleure les lignes avec délectation.

—————- R —————-

Et elle danse, danse… M’irradie de l’éphémère perfection de l’instant. Sans se douter le moins du monde de l’effet qu’elle provoque au coeur du système. Et ces instincts que je croyais perdus. Alors que l’âge adulte semble avoir estompé l’Absolu, il suffirait presque d’étendre le bras pour effleurer l’autre côté, dans cette nature onirique où la magie opère encore. Elle concentre à elle seule toute l’essence du Beau. Me trouble par l’incroyable simplicité avec laquelle elle sublime ce qu’elle touche, petit morceau de ciel dont il faut apprécier chaque souffle avant qu’il s’évapore.

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Chacune à leur manière, ces personnes ont impacté ma vie en profondeur, m’ont faite progresser, grandir et me connaître. Remise en question, aussi. Elles m’ont appris l’humilité, la persévérance et l’espoir. La curiosité, la tolérance et l’amour. Alors maladroitement, raconter l’idylle, sans jamais pouvoir dresser l’étendue de mon admiration.

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