Rentrée littéraire : ma (longue) sélection

Attention, article pavé ! Installez-vous, prenez une tasse de thé, parce qu’on en a pour un petit moment !

Quand j’ai eu entre les mains le catalogue de la rentrée littéraire à venir, et dans la tête l’idée de vous présenter ma petite sélection, je me suis jurée de faire court (enfin, de ne pas faire trop long).

Mais quand le choix de départ regroupe 581 livres publiés précisément à cette période par les éditeurs pour leur potentiel à capter l’attention au milieu du flot de rentrée (et donc, d’une qualité globalement prometteuse), la sélection s’avère ardue ! J’ai du me faire violence pour ne pas glisser dans ma wishlist un titre sur quatre, et pour laisser une chance à mon compte en banque de s’en sortir vivant…

Au bout du compte, j’ai (presque) réussi à être raisonnable. Je suis même parvenue à établir un Top 10 des livres que j’attends avec le plus d’impatience. Certains sont déjà en bonne place dans les présélections des prix littéraires, mais d’autres, édités dans de plus petites maisons, méritent tout autant que l’on s’y attarde…

Mon TOP 10 (pour ceux qui sont pressés)


 

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles nous fait partager l’histoire improbable, drôle et tendre, d’une famille joliment déglinguée dont Paul est le héros peu ordinaire. Paul qui, malgré ses allures de filles, aime exclusivement les femmes. Paul, qui a deux mères et n’a jamais connu son père. Paul, que le hasard de sa naissance va mener sur la route d’un célèbre androgyne : David Bowie.

Pourquoi ce choix ?

La rentrée littéraire donne généralement le pouls de l’année qui vient de s’ecouler. Alors quand le drame qu’a été la mort de David Bowie devient le terreau d’une nouvelle pousse créative, je ne peux que m’en émouvoir. Hâte de découvrir comment cette icône du glam rock a pu inspirer un écrivain, hâte de voir quel hommage l’auteur a glissé dans ses pages. Et surtout hâte de lire une nouvelle ode au Troisième sexe, qui fait bouger tant de lignes en moi depuis les premiers  jours…

 

Après son internat, le docteur Vialaneix s’installe dans un petit village de la Creuse. alors qu’il alterne les visites à domicile et les consultations à son cabinet, il constate l’agonie d’une génération touchée par la maladie, l’isolement et la solitude. Soutenu par une infirmière, dont il tombe amoureux, le médecin vient en aide à un adolescente qui lutte contre le cancer.

Pourquoi ce choix ?

Une histoire à hauteur d’Homme qui rassemble médecine, ruralité, lien social et conscience intergénérationnelle : ce livre part déjà avec de sérieux atouts. Il promet du Vrai, brutalité nécessaire pour raconter le monde comme il subsiste aux encolures… Une lecture sérieuse et cathartique, qui me grandira, j’espère, un peu.

 

Au XIXe siècle au Royaume-Uni, la jeune Margaret Bulkley afin de réaliser son rêve – devenir médecin – se fait passer dès son plus jeune âge pour un garçon. Engagée dans l’armée après de brillantes études, elle va, au cours de ses voyages, devenir une pionnière de la médecine préventive et un personnage aux excentricités réputées. Mais comment vivre continuellement en camouflant son corps et ses pulsions de femme ; comment concilier sa véritable nature à la passion dévorante pour son métier ?

Pourquoi ce choix ?

Un destin de femme conté par une femme, ce livre a rejoint immédiatement la liste d’oeuvres féminines et féministes que je souhaite incorporer à ma culture. De la médecine encore, puisque cela reste l’un de mes sujets de prédilection. Je suis extrêmement impatiente de me plonger dans les états d’âme de cette héroïne invisible qui a renié son essence même pour aider les autres.

 

Bienvenue à Montfort-sur-Sèvre. Trois mille habitants, sept clochers, deux pensionnats privés. Ce petit bourg de l’ouest de la France ressemble au décor figé d’une boule à neige. Un microcosme vivant au rythme de vieilles habitudes où Camille Vollot exerce le métier de boucher auprès de son frère Romain qui a repris les rênes de l’entreprise familiale. Pourtant, un matin d’avril, sans que rien ne puisse le laisser présager, le premier drame d’une longue série va ébranler ces confins paisibles de la Vendée et bouleverser la vie de Camille Vollot jusqu’à l’emporter dans un combat idéaliste contre son frère aîné….

Pourquoi ce choix ?

Questionnant nos dilemmes sociétaux aussi bien que mes doutes personnels, ce roman s’annonce comme l’une de mes lectures indispensables de l’automne. Curiosité de lire le quotidien de l’un de ceux qui ont “sauté le pas”, avidité de détails sur les paradoxes de notre époque, ouverture sur cet univers que je connais encore si peu… Je me réjouis d’avance de chausser mes bottes pour entendre ce que raconte la terre.

 

Durant une année, le quotidien d’une jeune enseignante de primaire, Emma, nommée dans d’un quartier populaire, confrontée à des enfants en grandes difficultés scolaire, affective, sociale. Elle s’attache notamment à Ryan, un garçon dont on va progressivement découvrir la maltraitance. Un roman d’une grande force, à la fois émouvant et politique, dans le meilleur sens du terme : quelle école et quelle société voulons-nous pour nos enfants ? Rachel Corenblit a été enseignante en primaire puis formatrice d’enseignants pendant dix-huit ans.  Elle s’est inspirée de son expérience professionnelle pour écrire ce roman.

Pourquoi ce choix ?

Du morcellement à la reconstruction, la page blanche de l’enfance m’a toujours fascinée. Roman-fiction ou essai-témoignage, écrits de médecin ou d’auteur, je me suis passionnée pour la psyché des plus jeunes depuis aussi longtemps que je m’en souvienne (et oui, cela implique entre autres de lire la bibliographie de Rufo à l’âge d’être encore l’un de ses patients)

Lire l’enfance au stade de l’apprentissage, le lien au monde avant qu’il ne bascule a été plus rare, aussi ce nouveau live viendra combler une lacune et une attente. Ce roman viendra aussi sûrement questionner la place et le rôle du monde enseignant face à un quotidien sur lequel il n’a pas d’emprise… Vaste débat en perspective.

 

Max et Olivia n’ont pas grand-chose en commun. Max, solitaire et complexé, peine à s’intégrer dans son nouveau lycée. Olivia, sociable et hyperactive, vient d’être recrutée par la très populaire chaîne YouTube « Les Trois Grâces » et s’investit dans le milieu associatif. Ils n’ont rien en commun, si ce n’est qu’ils sont en surpoids, et que le monde le leur fait bien payer. Lorsqu’ils se rencontrent, ils se comprennent instantanément. Et décident de réagir – chacun à sa manière. L’habit ne fait pas le moine, dit-on… Ni Max ni Olivia ne s’attend aux défis qu’ils vont rencontrer. Et si l’aiguille de la balance n’était pas le seul challenge ? Et s’il était possible de décrocher la lune, même après être tombé à terre… ?

Pourquoi ce choix ?

Une très belle plume, qui m’a déjà fait passer d’excellents moments en littérature jeunesse avec les Outrepasseurs. Une problématique adolescente racontée aux adultes, dans un registre à fleur de peau. Les ingrédients d’un coup de coeur sont presque déjà réunis ici avant que je n’ai pu lire une ligne. J’attends cette sortie avec d’autant plus d’impatience que le sujet touche indirectement un projet qui me tient à cœur… Plus qu’à camper en librairie pour me le procurer dès sa sortie !

 

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie,  de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le «  misérable cœur palpitant  » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Pourquoi ce choix ?

Un prix pulitzer, une place de choix au chevet de Barack Obama himself : l’événement sociétal suscité par ce livre mérite à lui seul que l’on s’y arrête. Roman d’émancipation et d’empowerment par excellence, il s’inscrit dans la lignée des vibrants ouvrages parallèles qui trônent déjà dans ma bibliothèque (“La couleur pourpre” et “L’invention des ailes”, entre autres)

Un sujet qui me serre le coeur autant qu’il m’élève, une portée historique, humaniste et féministe : j’ai trouvé là la collusion parfaite des grands thèmes que je souhaitais creuser dans les mois à venir.

 

Comme tous les ans, Lucy, Lilith et leur petite soeur Emily viennent passer l’été en famille dans leur chalet, sur les bords d’un lac du Minnesota. Mais un matin, Emily est introuvable. Qu’est-il arrivé à l’enfant de six ans ? Nul ne semble le savoir. Et alors que, fou de douleur, leur père se suicidera, Lucy, Lilith et leur mère resteront toute leur vie dans ce chalet, à attendre l’improbable retour de la petite préférée. Lucy vient de mourir, léguant le chalet et tous ses biens à sa petite nièce Justine. Un héritage qui arrive juste à temps pour la jeune femme qui doit fuir San Francisco et une histoire d’amour abusive, pour mettre à l’abri ses deux filles. Mais le vieux chalet n’a rien d’une chaleureuse villégiature…

Pourquoi ce choix ?

L’histoire d’un été qui sent bon la soirée d’automne. Thriller passionnant dans les confins reculés, je sens pointer le gros page-turner sur lequel je serai avide de me jeter un soir de frissons. Une disparition inquiétante, une intrigue familiale et un lac reculé : ce livre me promet déjà de m’offrir la dose d’ambiance froide et mystérieuse dont j’ai besoin régulièrement.

 

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Pourquoi ce choix ?

Ca commence à se voir un peu beaucoup que j’aime le combo nature reculée et mystère, non ? Cela étant dit, ce livre est surtout l’un de ceux que j’attends avec le plus d’impatience. Au même titre que dans “Chanson douce” de Leila Slimani l’an dernier, plonger dans le huis-clos d’une famille dysfonctionnelle jusqu’à la rupture fait monter en moi une tension mêlant fascination et répulsion totale. Celui-ci promet également un crescendo addictif, pour mon plus grand plaisir…

 

À la mort de leur mère, Antoine, Louis et Marie partent vivre chez leur oncle, libraire. Passionné par l’univers du livre, il forme Antoine, qui devient colporteur. Sur les routes, il apprend le métier, les livres à succès, et les livres censurés. Lorsqu’il épouse Bernardine, elle-même fille de libraire, il perpétue la tradition familiale, qui sera reprise par son propre fils. Mais l’époque change, et il faut sans cesse s’adapter aux nouvelles lois d’un état secoué par de nombreuses révoltes…

Pourquoi ce choix ?

Le titre a attiré mon regard et le résumé a fait courir sous ma peau le fourmillement d’excitation que je ne connais que trop bien lorsque je m’apprête à me plonger dans une histoire prometteuse. Un livre qui parle de livres. Une librairie familiale, comme dans le Souffle du vent peut-être ? Loin de la Barcelone gothique, raconter le lien et l’amour des mots, héritage de papier que l’on transmet à la chair de sa chair ? Je me réjouis d’avance de déambuler parmi les étagères et les routes, course de vie et d’encre pour comprendre le monde…

 


Et pour ceux qui ont le temps, voici les  autres titres qui m’ont tapé dans l’oeil (sait-on jamais, des fois que j’hérite d’une fortune inattendue ou que je gagne à la fois les moyens et le temps de vivre à temps plein dans ma bibliothèque…)

Une sélection portée par la trame féminine et féministe que semble suivre cette rentrée littéraire, qui promet de puissants et avides moments de lecture.

Mon TOP 36-après-les-dix-premiers 😉


 

Ils se nomment Bourgeois et leur patronyme est aussi un mode de vie. Ils sont huit frères et deux soeurs, nés à Paris entre 1920 et 1940. Ils grandissent dans la trace de la Grande Guerre et les prémices de la seconde. Aux places favorites de la société bourgeoise – l’armée, la marine, la médecine, le barreau, les affaires –, ils sont partie prenante des événements historiques et des évolutions sociales. De la décolonisation à l’après-Mai 68, leurs existences embrassent toute une époque. La marche du monde ne décourage jamais leur déploiement.

Pourquoi ce choix ?

Une saga familiale qui inscrit l’histoire dans l’Histoire et dit les évolutions morales et sociétales de la France de nos grands-parents. Je suis curieuse de lire ces destins entrecroisés, unis et désunis par les guerres et le Progrès.

 

Quatre personnages croisent l’histoire d’une nation violentée. Amandine, qui n’a cessé de chercher l’amour d’un homme quitte à lui cacher son désir d’enfant. Fernando, son fils aîné, fonctionnaire dans une institution d’envergure. Nadr, à qui son père n’a jamais dit sa vérité tout en lui léguant un attachement profond à la Palestine. Et Khalil, le demi-frère de Nadr, masculin abîmé d’animalité, de désespoir. D’humiliation. Alors que le djihad embrigade les jeunes de Rafah, Israël n’est plus le cœur de cible. Quand Khalil s’engage, Nadr, qui ne peut le supporter, part à sa poursuite. Et c’est à Paris que se croiseront ces trois garçons : Fernando, Khalil et Nadr. Mais le temps ne rassemble personne.

Pourquoi ce choix ?

La destinée humaine au-delà des frontières. Ou quand les parcours dépassent culture et religion. Pour le meilleur ou pour le pire ? A la manière de Babel, et par une plume en qui j’ai toute confiance, j’attends d’être à nouveau saisie de cette force de l’Autre. Pour y trouver des doutes, sûrement, des réponses, peut-être…

 

Les Feuges : hameau d’un village français entre le Rhône et les Alpes, où la vie en pavillon est moins chère qu’ailleurs, où seuls la chasse aux sangliers et le dernier bistrot fédèrent encore, où personne n’écoute plus les vieilles histoires des vieux. Où, entre la violence des hommes et la beauté qui les entoure, des enfants grandissent. De ce coin de terre à la croisée des mondes paysan et péri-urbain, des déclassés des laissés-pour-compte et des néo-ruraux, Sangliers est l’épopée puissante, âpre et lyrique, sombre et violente, tragique et universelle.

Pourquoi ce choix ?

Chronique d’une France que l’on n’entend plus, ce roman s’inscrit dans les fictions quasi-documentaires qui aident à comprendre, sans approuver pour autant, les choix de son voisin. J’appréhende davantage ce roman comme un outil de travail, de réflexion et de discussion et imagine qu’on l’attend au tournant…

 

La tour Magister : trente-huit étages au cœur du quartier de la Défense. Au sommet, l’état-major, gouverné par la logique du profit. Dans les sous-sols et les parkings, une population de misérables rendus fous par l’exclusion. Deux mondes qui s’ignorent, jusqu’au jour où les damnés décident de transgresser l’ordre social en gravissant les marches du paradis.

Pourquoi ce choix ?

Satire sociale acide et désabusée : c’est l’idée que je me fais, a priori, de ce roman dont j’entends parler un peu partout depuis quelques semaines. Curieuse de le lire davantage pour pouvoir en discuter avec mon entourage que par appétence personnelle.

 

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion. Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres. Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.

Pourquoi ce choix ?

Destin de femme, encore, et cette histoire dont j’ignorais l’existence. La collusion de deux mondes, la foi vue par d’autres yeux, au rythme des événements qui ont façonné le siècle. Achat de rentrée ou pas, ce livre restera quoi qu’il arrive dans ma liste de lecture “empowerment” jusqu’à ce qu’il me glisse entre les mains.

 

Je me nomme Gabriel Wells. Je suis écrivain de romans à suspens. Ma nouvelle enquête est un peu particulière car elle concerne le meurtre de quelqu’un que je connais personnellement : Moi-même. J’ai été tué dans la nuit et je me demande bien par qui. Pour résoudre cette énigme j’ai eu la chance de rencontrer Lucy Filipini. En tant que médium professionnelle, elle parle tous les jours aux âmes des défunts. Et c’est ensemble, elle dans le monde matériel, moi dans le monde invisible, que nous allons tenter de percer le mystère de ma mort.

Pourquoi ce choix ?

Chaque livre de Bernard Werber est une expérience de lecture en soi. Celui-là traite en plus d’un thème qui m’intrigue, saupoudré d’un peu de suspense… Curieuse de voir ce que le maestro a concocté cette fois-ci.

 

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.

Pourquoi ce choix ?

Questionner les moeurs d’autres cultures, d’autres sociétés. Avec cette épuisante linéarité de l’oppression féminine. Lire pour apprendre, comparer, poser les jalons d’une réflexion globale sur notre condition. Sans craindre de repousser les limites…

 

Entretenir le feu sacré sous peine d’être enterré vivant. On ne rencontre pas l’art personnifié tous les jours. Elle est violoncelliste, elle dessine, elle peint, fait de la photo. Elle s’appelle Lou. Lorsqu’il tombe sur elle, par hasard, à Paris, c’est sa vie entière de prof de lettres désenchanté qui bascule et, subjugué par ses errances, ses fulgurances, il se lance à la poursuite de ce qu’elle incarne, comme une incandescence portée à ses limites. Mais le merveilleux devient étrange, et l’étrange inquiétant : Lou ne dort plus, se gratte beaucoup, semble en proie à de brusques accès de folie. Un soir, prise de convulsions terribles, elle est conduite à l’hôpital où elle plonge dans un incompréhensible coma. Le diagnostic, sidérant, mène à la boulangerie où elle achète son pain. Quel est donc ce mystérieux  » mal des ardents  » qu’on croyait disparu ? Quel est ce  » feu sacré  » qui consume l’être dans une urgence absolue ? Il va l’apprendre par contagion. Apprendre enfin, grâce à Lou, ce qu’est cette fièvre qui ne cesse de brûler, et qui s’appelle l’art.

Pourquoi ce choix ?

Entre la magnificence et le glauque, la pureté et le mal, porté par des mots qui me touchent déjà au coeur, le texte vivra coûte que coûte. Un titre et une force de frappe qui m’aimantent, aux confins de la folie… Il sera j’espère de ces livres lus et relus pour le rythme de leur phrasé, cornés et tagués de ces fragments extraits et incorporés.

 

Mathieu n’aura pas le temps de humer les roses de Chirâz. Arrivé à Téhéran en 1976, il y découvre d’abord le Lycée Râzi qui lui offre le cadre rassurant d’un établissement français pour expatriés, tandis que son père est en charge du nucléaire iranien. Le Chah fait la « une’ des magazines parisiens, et il règne sur un pays qui est le meilleur allié de l’Occident dans la région. Puis, très vite, un autre Iran se révèle à Mathieu. Tombé amoureux fou de Leyli, il est happé par une Révolution que personne n’avait prévue, qui allait changer le monde, et qui le dresse contre son père.

Pourquoi ce choix ?

L’Iran, tel que Delphine Minoui l’a conté et instillé en moi. Culture persane dotée d’une certaine aura magique dans mon imaginaire, contes des 1001 nuits à l’épicentre géopolitique. Avide de lire un nouveau visage de ce pays et de son histoire.

 

Prisonnier d’une société qu’il méprise, un homme décide de partir à la rencontre de son animalité profonde. Perdu en plein bois, vivant de ses chasses avec, pour seule compagnie, son chien Lione, le narrateur va se détacher de toute notion de réalité et vivre de ses rêves. Une errance onirique qui lentement bascule…

Pourquoi ce choix ?

Je me méfie toujours un peu des romans courts. Par peur de rester sur ma faim, peut-être… Mais le thème de l’isolement volontaire m’attire ici irrésistiblement. A voir, donc…

 

Valérie, divorcée, mère de deux adolescents, est journaliste et écrivain. Tout lui réussit, en apparence. Car, en réalité, Valérie n’est pas heureuse. À l’occasion d’une visite en prison où elle va présenter son dernier livre, Valérie fait la connaissance de Nathalie, incarcérée depuis de longues années. Elles vont entamer une relation épistolaire puis, grâce aux parloirs, amicale. Leur amitié va même se transformer en une relation amoureuse très forte. Alors que Valérie pense aider Nathalie, c’est le contraire qui se produit.

Pourquoi ce choix ?

Une histoire d’amour entre deux femmes, sur fond d’incarcération et de nouveau départ. Si le ton du synopsis me fait davantage penser à un scénario de téléfilm qu’à un grand moment littéraire, je suis tout de même curieuse de lire ce premier roman de la médecin et chroniqueuse santé Marina Carrère d’Encausse.

 

Deux femmes aux antipodes du monde, de l’âge, du siècle, de l’humanité, de la survie. Une adolescente impubère, dans sa tribu primitive aux confins du désert, lutte pour échapper à la tradition sacrificielle qui pèse sur elle depuis sa naissance. Une vieille dame indigne sur une plage californienne, au crépuscule de son existence, s’acharne à étouffer sa mémoire et à endiguer les marées de souvenirs qui refluent inexorablement. Deux petites reines, deux tours en feu.

Pourquoi ce choix ?

J’attendrais sûrement quelques mois et peut-être une lecture commune pour me plonger dans ce (petit) roman qui attise ma curiosité sans me transcender. Là encore, mon envie de lire les histoires de femmes aux quatre coins du monde me pousse à donner une chance à ce livre.

 

Gabrielle a deux passions : la lecture et son jardin. Lorsqu’elle meurt accidentellement, le monde de Martin, son compagnon, s’effondre. Inconsolable, il s’efforce de maintenir vivant le souvenir de la femme qu’il aimait. Lui qui n’ouvrait jamais un livre et pour qui le jardin était le domaine réservé de Gabrielle, se met à lire ses romans et à entretenir ses fleurs. C’est ainsi qu’il découvre un secret que, par amour, Gabrielle lui avait caché. Ce secret bouleversera sa vie, mais lui permettra de surmonter son deuil d’une manière inattendue.

Pourquoi ce choix ?

Le résumé de ce livre me fait indubitablement penser à l’intro de “Là Haut”, les larmes et le noeud dans la gorge inclus. Une touchante histoire d’amour sur fond de secrets, dans une petite bulle de fleurs et de livres qui m’émeut déjà…

 

Au début, tout était à sa place. Comme dans les bonnes familles, en parfaite baby-boomeuse, sa mère était passée de fille à papa à femme au foyer. D’abord fière de sa grossesse, et puis désemparée par la maternité. Convaincue de l’infériorité intrinsèque de son sexe, absente à elle-même comme aux autres, elle passait son temps à se plaindre d’un quotidien qui ne valait pas le mal qu’elle se donnait pour le vivre. Et puis tout a volé en éclats. Quelques années ont suffi pour faire basculer l’époque dans l’égalitarisme. Des femmes en tailleur pantalon deviennent cadres supérieurs, adieu victimes geignant au-dessus des casseroles, le mot « émancipation » est sur toutes les lèvres. Alors sa mère veut, comme tant d’autres, rattraper le temps perdu. Envers, contre tout et dans le désordre. L’enfant n’a rien compris, mais elle a tout vu, tout entendu. Et un beau jour, une nuit, elle raconte sa version de l’histoire : ce destin de femme ensorcelée par l’appel de la liberté, à ses risques et périls. Une ode poétique et rageuse, un genre de fable, un roman d’amour trempé dans chaque époque traversée.

Pourquoi ce choix ?

Je vais être honnête, le résumé ne me fait pas envie. Il y est question d’émancipation de la femme, mais dans un ton qui me laisse de marbre. C’est le titre, poétique et prometteur, qui m’a convaincue de creuser au-delà d’une quatrième de couverture… Et advienne que pourra.

 

« Autant qu’elle meure. » Ce sont les mots qui ont échappé à Manon devant ses frère et soeur quand le médecin leur a annoncé que leur mère était vivante mais en état de mort cérébrale. Ce n’est pas la vie que maman aurait souhaité, pense Manon ; c’est trop tôt pour y penser, lui répondent Adèle et Gabriel. Délaissant mari et enfant, Manon décide de s’installer parmi les siens. Au coeur de cette fratrie grandie et éparpillée, elle découvre ce qu’il reste, dans leurs relations d’adultes, des enfants qu’ils ont été. Et tandis qu’alentours les montagnes menacent de s’effondrer, les secrets de famille refont surface. Qui était vraiment cette mère dont ils n’ont pas tous le même souvenir ? Que leur cachait-elle ?

Pourquoi ce choix ?

Là encore, un synopsis très théâtral, qui pourrait d’ores et déjà donner lieu à un film. Les secrets familiaux qui refont surface et le passé qui englue ses proies trop naïvement revenues se piéger dans sa toile font généralement mouche chez moi.

 

Nicolas, une quarantaine d’années, est compositeur de musique. Un jour, sa femme Mathilde apprend qu’elle est atteinte d’un grave cancer du sein qui nécessite une intense chimiothérapie. Alors que Nicolas s’apprête à laisser son travail en plan pour s’occuper d’elle, Mathilde l’exhorte à terminer la symphonie qu’il a commencée. Elle lui dit qu’elle a besoin d’inscrire ses forces dans un combat conjoint.

Pourquoi ce choix ?

Je ne sais pas encore si j’aurai la force de lire ce livre, qui m’attire pourtant irrésistiblement. Peut-être un jour. Peut-être quand j’en aurai besoin.

 

Neverland est l’histoire d’un voyage au pays perdu de l’enfance, celui que nous portons tous en nous. À la fois livre d’aventure et livre-mémoire, il ressuscite nos souvenirs enfouis.

Pourquoi ce choix ?

Parce que Timothée de Fombelle. Une dextérité des mots qui justifie d’adhérer au projet sans même en connaître le contenu. La référence à Peter Pan, aussi, qui a fini de me menotter à l’idée que ce livre devait rejoindre ma bibliothèque.

 

À un an d’intervalle, Anne, Hélène et Émilie perdent leur mère, puis leur père. Entre les deux, David Bowie lui aussi disparaît. Dans l’enfance d’Hélène, la « soeur du milieu », le chanteur a eu une importance toute particulière, dont le souvenir soudain ressurgit. Alors, elle commence à raconter…

Pourquoi ce choix ?

David Bowie d’abord. La mort de l’enfance, et la mort tout court ensuite. Et puis la vie avec les souvenirs, l’affranchissement du passé et la force d’avancer pour se reconstruire. Ce livre m’appelle, comme un condensé de souvenir aussi douloureux qu’indispensables…

 

Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image  : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs  ? Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences. Comment vit-on avec les fantômes ?

Pourquoi ce choix ?

Une disparition mystérieuse, un fantôme éthéré et les étapes du deuil. Ce roman semble porter en lui la luminosité des fin d’après-midi, ou des nuits chaudes et claires de l’été, quand le temps semble s’allonger inlassablement…

 

Au collège, dans la cour de récréation, entre brimades, racisme et harcèlement, c’est la guerre des boutons. Les élèves s’affrontent et tous les coups sont permis. Arthur, douze ans, cherche à trouver sa place tout en évitant de trop se faire remarquer. Aucune envie d’être pris comme souffre-douleur. Car il en faut toujours un : dans sa classe, c’est Thierry. Mais pour séduire Giovanna qu’il n’ose aborder, Arthur n’a d’autre choix que de se faire remarquer. Périlleuse équation ! Alors quand le proviseur décide de lancer la Gazette du collège, tous les espoirs sont permis. Pour échapper à la cruauté des autres, rien de tel que de l’exercer. Et si, au lieu de s’affronter pour ne pas être la tête de Turc, Thierry et Arthur formaient leur propre bande ?

Pourquoi ce choix ?

Traiter d’un sujet douloureux avec optimisme et humour, c’est un pari risqué auquel j’ai envie d’adhérer. Pour sa fraîcheur et sa forme, peut-être aussi pour le fond, qui pourrait contenir quelques surprises…

 

À l’été 1975, Véronique s’adapte avec peine au divorce de ses parents et son passage à travers l’adolescence en est doublement perturbé. Les week-ends où elle doit cohabiter avec la nouvelle famille de son père tournent souvent au désastre. Un doute altère dès lors son quotidien : et si son père ne l’avait jamais réellement aimée ?

Cette angoisse s’ajoute à celles de l’adolescente qui est à l’heure des premiers rêves, des premiers choix, toutes choses qu’elle met à l’abri dans une solitude qu’elle colore à grands coups d’imagination.Quant à la mère, Évelyne, une liberté toute neuve lui échoit, dont elle se fait un devoir de profiter au mieux.

Pourquoi ce choix ?

Un récit initiatique, féminin et adolescent, au coeur d’une époque que je connais encore trop peu, combo parfait pour aiguiser ses sens en terrain connu. Un petit air de Sagan revisité, peut-être ? Le format poche achève de me convaincre de tenter l’expérience.

 

« Elle est célèbre dans le monde entier mais combien  connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette  à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son  âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà  un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les  années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris, et ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour elle, pas l’âge heureux de notre jeunesse. Elle a  été renvoyée après quelques années de labeur, le directeur  en a eu assez de ses absences à répétition. C’est qu’elle avait  un autre métier, et même deux, parce que les quelques sous  gagnés à l’Opéra ne suffisaient pas à la nourrir, elle ni sa  famille. Elle était modèle, elle posait pour des peintres ou  des sculpteurs. Parmi eux il y avait Edgar Degas. »

Pourquoi ce choix ?

La danse, le mystère et la satire sociale du XIXe siècle suffisent à faire de ce livre l’un de mes indispensables de la rentrée. A lire avec parcimonie, légèreté ou douleur, comme on chausse les pointes pour atteindre la perfection.

 

Le temps d’un week-end suffocant, un homme et une femme s’aventurent dans une zone escarpée des Alpes où rien ne se passera comme prévu. La Zone des murmures est une histoire à strates, tissée de paysages arides et de sensations vertigineuses.

Pourquoi ce choix ?

La chape de plomb qui semble couler sur cet exil volontaire me donne déjà des vertiges. Envie de lire la solitude et le retour à l’état de nature, la bestialité de l’Homme lorsqu’il tourne le dos à la société, aussi ?

 

« Quand les enfants crèvent les écrans, quand ils arrachent le plastique et fractionnent les écorces de cette forêt véreuse, quand ils posent les doigts sur les fils conducteurs, les dénudant de leur enveloppe isolante pour atteindre l’âme dont ils jaugent la souplesse, le courant pourrait surgir, s’accrocher à leurs phalanges, les mordre – et puis les avaler. »

Près du port d’Accra, au Ghana, dans une immense décharge de produits électroniques, Isaac et Moïse initient Jacob à la «fouille». Trois jeunes garçons plongés dans les déchets de l’obsolescence industrielle auxquels Guillaume Poix donne une grâce singulière.

Pourquoi ce choix ?

Une critique de l’inconscience de notre société, tant sur le plan humain qu’environnemental, illustrée par le destin d’enfants des ruines : le sujet, lourd mais criant d’actualité, m’interpelle et me questionne.

 

Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille méticuleusement, tristement. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, volait quelques instants de joie et dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable. Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture et dissimulé dans le coffre la mallette contenant ses habits de fête. Il s’apprête à retrouver femme et enfants pour le dîner.

Pourquoi ce choix ?

Après “Le secret de Grayson” et “La face cachée de Luna”, je souhaite poursuivre mon cycle de lectures traitant des transidentités. Un roman sur l’âge adulte et la difficulté que représente un secret gardé si longtemps pour soi me paraît donc tomber à pic, dans le prolongement de mes lectures young adult.

 

Océan Arctique, 1960. L’Eridanus, un vieux rafiot qui ressemble a un cadavre flottant en décomposition, est ancré devant l’île désertique de Jan Mayen, en Norvege, vers laquelle il s’est dérouté pour venir faire des forages en eaux profondes sur ordre de La Centrale, qui l’a affrété. Depuis quelques jours, les cabines de l’équipage sont devenues des cellules et le mess des officiers une salle d’interrogatoire. Un drame est survenu et l’équipage semble avoir été gagné par une folie inexplicable. Le médecin du bord, Christian, est interrogé par deux membres de La Centrale pour décomposer avec une précision chirurgicale les événements qui ont conduit à ce chaos.

Pourquoi ce choix ?

Un huis clos angoissant et suffocant, entre glace, cambouis et testostérone. L’isolement qui mène à la folie, le confinement des hommes, entassés, pressurés, qui finissent par se bouffer entre eux. A lire un soir d’orage (avec du chocolat, quand même, ne soyons pas maso ^^)

 

Choisir de mourir pour prendre la mort de vitesse, décider de se transformer en créature-éprouvette dans l’attente de jours meilleurs afin de revenir au monde en être humain augmenté et radicalement inédit, telle est l’offre de “Zero K”, un centre de recherches secret. Son principal actionnaire, le richissime Ross Lockhart, décide de faire appel à ses services pour son épouse, atteinte d’une maladie incurable, et convoque son fils unique pour assister à a fin programmée de la jeune femme consentante.

Pourquoi ce choix ?

Longtemps réfractaire à la SF et aux dystopies en général, j’ai changé mon fusil d’épaule il y a peu, après de très belles découvertes. Aussi, je suis désormais curieuse de lire ce qui peut se faire en la matière, et sortir de nouveau (tout en “rattrapant” un peu de mon retard côté classiques du genre)

 

Pearl et Stasha n’ont guère plus de douze ans lorsqu’elles sont déportées à Auschwitz, a l’automne 1944, avec leur mere et leur grand-père. A leur arrivée, les jumelles décident de se répartir la tâche : Pearl prendra sur elle le triste, le passé, le bon ; Stasha se chargera du drôle, du futur, du mauvais. Dans ce nouveau monde sur lequel le jour semble ne plus jamais se lever, elles se réfugient dans la complicité naturelle qui les unit en toute chose, leur langage secret et les jeux de l’enfance. Sélectionnées par le docteur Mengele pour faire partie de son “zoo”, elles jouissent d’avantages que n’ont pas les simples prisonniers du camp, en même temps qu’elles subissent des horreurs à elles seules réservées. Bientôt leurs personnalités, leurs identités se défont sous le double assaut de la culpabilité et de la douleur.

Pourquoi ce choix ?

Période lue, écrite et réécrite à l’envi, la seconde guerre mondiale et ses enjeux ne finiront jamais de m’interpeller. Cette facette de l’Histoire des camps m’est encore relativement inconnue. Mêlée à l’intérêt que je porte aux relations gémellaires, elle fait de ce roman une pépite que je vais m’empresser de me procurer.

 

Dans un village de la banlieue d’Amsterdam, au bord de la mer, de nos jours. Jonathan, la trentaine, sort de prison. Dans le bus qui l’emmène chez sa mère, il se répète ce que le psychologue lui a enseigné : s’il organise rigoureusement ses journées, il sera un homme meilleur. Jonathan se le promet : il va s’occuper de sa mère, faible, asthmatique, retourner travailler à l’usine de poissons, promener le chien, aller à la pêche. Il restera seul, il ne parlera à personne, il va s’occuper les mains, l’esprit, tout pour ne pas replonger.

Car Jonathan est un pédophile. Il est sorti de prison, faute de preuves. Le psychologue lui a parlé d’un taux de récidive de 80%. Il sait qu’il ne doit pas se laisser déborder par ses pulsions. Or, dans ce quartier en démolition où vit sa mère, vivent aussi une mère célibataire et sa fillette…

Pourquoi ce choix ?

Quand la chute d’un résumé est déjà une claque en soi, c’est que le sujet est fort. Dangereux, bancal, mais fort. A la manière d’une Lolita de Nabokov, raconter l’indicible ? Entrer dans la tête de ceux que l’on considère comme des monstres malades et détraqués ? Ou pire, accepter de considérer qu’il s’agit de personnes plus normales et sensées qu’on ne le pense ? Je suis impatiente de lire ces mots et ce contre-pied du discours…

 

Une vague de chaleur déferle sur le Queens, banlieue ouvrière de New York, et plonge ses habitants dans un état léthargique. Un matin ordinaire, Ruth Malone, mère célibataire aux allures de star hollywoodienne, constate la disparition de ses deux enfants.Peu après, le corps de la petite Cindy est retrouvé abandonné sur un chantier, son doudou encore à la main. Lorsque, quelques jours plus tard, la dépouille de son fils, Frankie Jr, est découverte dans des conditions similaires, des voix accusatrices s’élèvent contre Ruth. De la voisine qui a toujours eu des doutes aux médias avides de scandale, tout le monde semble avoir quelque chose à lui reprocher. Mais qui est Ruth quand personne ne la regarde ?

Pourquoi ce choix ?

Ce résumé m’a immédiatement fait penser à l’incroyable roman “We need to talk about Kevin”, l’une de mes plus grosses claques de ces 10 dernières années. Comme lui, il interroge sur le rapport de la mère à ses enfants, et le jugement de la société sur le lien familial. L’histoire semble foncièrement différente, et ajoute une strate médiatique au scandale. Impatiente de prendre part à l’enquête…

 

Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ? Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter. Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump.

Pourquoi ce choix ?

Comme pour beaucoup, l’élection de Donald Trump a porté un coup à ma foi en un monde meilleur. Alors tenter de comprendre un peu, prendre le pouls de cette Amérique que je ne saisis pas, saisir l’étendue de cette désillusion qui pousse ceux qui n’ont plus rien à perdre à l’autodestruction.

 

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture… Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n’ont plus rien à perdre. À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’oeuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux avant d’être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n’y est pas : « Je suis affamée de toi. »

Pourquoi ce choix ?

Margaret Atwood, loin devant toute autre considération. Son roman phare que je termine en ce moment. L’impatience de poursuivre mon sillon dans ses mots et sa vision de la société. Un bijou certain sur la forme, quel qu’en soit le fond.

 

Fabia Moreno vient de s’installer avec sa fille, Ella, dans la petite ville de York, où elle a ouvert un magasin de vêtements vintage. Une boutique de rêve, comme les femmes de York n’en ont encore jamais vu. Car Fabia possède un don pour dénicher la robe idéale et l’ajuster à chaque cliente. Autour de son commerce, bientôt, les destins se croisent, les identités se révèlent et les amours s’épanouissent… mais naissent aussi la méfiance et la jalousie.

Pourquoi ce choix ?

Une lecture qui sent bon les soirées douces et cocooning, un petit livre feel good au titre lumineux. Je me réserve cette friandise littéraire pour couper avec les livres plus sombres que j’ai prévu de lire. Bouffée d’air pur dans la moiteur du monde.

 

Alors que sa mère voulait la voir se marier avec un homme riche et l’a inscrite dans les meilleures écoles de l’Upper East Side, Evelyn a choisi de vivre selon des standards moyens. Quand elle trouve un emploi pour un réseau social réservé à l’élite  en se faisant passer pour une bourgeoise de la côte Est, elle tombe dans les travers maternels et elle est rattrapée par ses mensonges.

Pourquoi ce choix ?

Association d’idées. Upper East Side, jeunesse dorée, et c’est mon addiction (assumée ! ^^) à Gossip Girl qui refait surface. Un univers à 1000 lieux de mes valeurs, dont je me délecte d’avance de parcourir les vices et les coups bas.

 

C’est avec un mélange d’honnêteté brute et d’intuition poignante que Joyce Carol Oates revient sur ses années d’enfance et d’adolescence.

Pourquoi ce choix ?

Joyce Carol Oates fait partie des auteurs dont – malheureusement – je n’ai encore lu aucun mot, aucune ligne. Elle est en bonne place sur la loooongue liste d’écrivains que je souhaite découvrir le plus tôt possible. Apprendre sa vie en parallèle à travers son propre récit me paraît un moyen encore plus intéressant pour apprécier la portée de son oeuvre.

 

Des femmes, rien que des femmes, dépeintes dans toute l’étendue de leur beauté, de leur singularité, de leur désir, de leur jalousie, de leur colère… voilà cette féminité presque universelle que nous raconte Mélanie Chappuis. Qu’elle nous décrit jusque dans les moindres détails, mettant sa plume acérée, parfois légère, parfois militante, parfois cynique au service de celles qu’elle appelle volontiers ses sœurs.

Pourquoi ce choix ?

Un roman féminin et féministe qui compile les histoires de celles sur qui la lumière n’a pas été suffisamment faite : il n’en fallait pas plus pour me convaincre d’ajouter cet essai à ma liste de lectures.

Voilà, j’espère que ce petit (grand !) aperçu vous inspirera, vous donnera envie ou piquera votre curiosité… N’hésitez pas à me dire quels sont les livres qui vous font envie pour cette nouvelle rentrée 😉 

8 Comments

  1. Margaud Liseuse

    19 août 2017 at 9 h 33 min

    Cette liste <3 que de belles choses. Certains se retrouvent aussi dans la mienne. Et comme toi… je vais avoir de la peine à faire le tri je pense ^^ Trop de tentation cette rentrée. J'ai à peine terminé d'éplucher les résumés d'août.

    1. Substanceless Blue

      19 août 2017 at 16 h 16 min

      Ahaha, oui, le tri va être ardu ! Et encore, je me rends compte que la liste des 581 livres établie « officiellement » ne prend pas en compte certaines éditions et collections… Je suis en train de repérer d’autres titres à droite à gauche (histoire de bien achever mon capital temps et mon budget ^^)

  2. Pikobooks

    19 août 2017 at 10 h 32 min

    Woooooaaaau ta sélection est juste incroyable ! Beaucoup des livres que tu présentes me font déjà de l’oeil mais tes arguments sont imparables. Quel dilemme !

    Merci beaucoup pour ton article-fleuve merveilleux qui fait vivre la rentrée. Et surtout bonnes lectures.

    1. Substanceless Blue

      19 août 2017 at 16 h 10 min

      Ooooh, merci beaucoup 🙂
      J’avoue que le dilemme est cruel (j’essaie de me « rassurer » en me disant que les sorties sont étalées sur trois mois et que ça me laisse le temps de gérer autant de nouveautés d’un coup, mais bon, ça reste quand même une montagne de livres ^^)

      De rien en tout cas, ça me fait ultra plaisir de partager tout ça… Bonne lecture à toi aussi ! 😉

  3. Lylou Bouquine

    21 août 2017 at 11 h 35 min

    Merci pour cette belle liste qui me permet de piocher des idées. Que de bons moments en perspective !

    1. Substanceless Blue

      21 août 2017 at 15 h 58 min

      De rien !! 😉 Oui, des heures de lecture en perspective (mais n’est-ce pas là la fonction principale de l’automne ? ^^)

  4. Marie-Claude Rioux

    22 août 2017 at 18 h 57 min

    Wow! Impressionnant. Nous avons quatre titres en commun!
    Et cette rentrée commence fort pour moi: je suis plongée dans Underground Railroad et il est tout simplement génial (jusqu’à maintenant).
    Bon automne livresque 😉

    1. Substanceless Blue

      27 août 2017 at 17 h 14 min

      Merci ! 😉 Underground Railroad est en bonne place pour faire partie de mes premiers achats de ce millésime 2017…
      Bonne saison de lecture à toi aussi !! 😉

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