Revue de presse #1 – Août 2017

Dans le cadre de mon travail mais aussi pour mon plaisir personnel, j’achète et lis chaque mois de nombreux journaux et magazines. La diversité de la presse que nous avons la chance d’avoir en France complète et enrichit sous une autre forme ce que j’apprends dans les livres. Elle me permet de me tenir au courant de l’actualité, de découvrir de nouveaux horizons mais aussi d’aiguiser mon esprit critique.

Et puis, je dois l’avouer : entrer chez un marchand de journaux, flâner au milieu des couvertures, feuilletter de nouveaux magazines et choisir quels titres je vais glisser sous mon bras me procure (presque !) autant de plaisir qu’acheter un nouveau livre.

Car les journaux et moi, ça ne date pas d’hier…

Petite, j’ai vite compris que la presse offrait une source intarissable de réponses à ma curiosité, m’aidait à m’ancrer dans le monde et à appréhender la société dans laquelle j’allais devoir grandir. J’attendais chaque mois avec impatience de recevoir les nouveaux numéros des revues auxquelles mes parents m’abonnaient gentiment année après année.

Ce rapport à l’information, j’ai fini par en faire mon métier, aussi ma consommation de presse n’a fait que croître, jusqu’à devenir un automatisme. Il y a quelques temps, j’ai réalisé à quel point les articles étaient désormais devenus pour moi des marchandises qui défilaient à la chaîne et à quelle vitesse les nouvelles s’entassaient et se s’entrechoquaient dans mon esprit, jusqu’à devenir une bouillie informe sur laquelle je manquais cruellement de recul.

Alors, j’ai décidé de reprendre la main. De retrouver le temps d’apprécier des lectures pour ce qu’elles m’apportaient en tant que citoyenne, en tant que lectrice et en tant que personne. De sélectionner quelques articles parmi ceux qui m’avaient le plus parlé, interpellée ou fait du bien, pour les partager. Et vous donner envie de les lire, peut-être ? 🙂

Ce mois-ci, j’ai choisi quatre articles, de quatre publications différentes.

 

Le féminisme religieux – Le Monde des religions

Cet article, écrit par Gaétan Supertino, retrace l’émergence des mouvements féministes au sein des grands courants religieux.

Si à priori, le féminisme et les religions sont deux concepts difficilement superposables, des mouvements d’émancipation des femmes sont nés dès le XIXe siècle dans des milieux pratiquants.

Chez les protestants, une première vague de féminisme, portée par les intellectuelles françaises Eugénie Niboyet et Jenny d’Héricourt, réclame le droit de vote pour les femmes, l’accès à une meilleure éducation et une redéfinition du rôle de la femme dans la société.

Puis, la seconde moitié du XIXe siècle voit émerger des mouvements protestants féministes et philanthropiques, aboutissant à un Congrès des oeuvres et institutions féminines.

Cette avant-garde du féminisme au sein de l’église réformée est culturellement attribué à la place importante de l’éducation et de l’instruction des femmes dans les milieux protestants par rapport aux milieux catholiques.

Parallèlement, début XXe, des idées féministes se font aussi entendre au sein du judaïsme (qui lui aussi, accorde de l’importance à l’instruction des femmes). Les premiers mouvements féministes sont d’ailleurs composés de beaucoup de femmes juives. A une période où l’antisémitisme est omniprésent, le féminisme est d’ailleurs associé par ses détracteurs à une “doctrine juive”.

Côté catholique, l’émergence d’un féminisme moins libéral commence à se faire sentir à la fin du XIXe siècle. L’une des fers de lance de ce courant est la journaliste française Marie Maugeret, qui crée la société des féministes chrétiennes (tout en étant la présidente d’une association antisémite).

Le féminisme catholique est moins revendicateur : il ne remet quasiment pas en cause la position de l’Eglise sur la contraception et l’avortement et veut obtenir pour la femme certains droits, en vue de l’accomplissement intégral de ses devoirs.

En Islam, la première féministe connue était la poétesse et théologienne irakienne Fatemeh, en 1848. Cependant, les véritables premiers courants féministes musulmans ne sont apparus que dans les années 1990. Transnationaux et différents selon les pays, ils regroupent à la fois des courants très conservateurs et d’autres universalistes.

Plus globalement, dans toutes les religions, depuis les années 1970-1980, est apparue une théologie féministe, visant à réinterpréter les textes sacrés dans un sens plus favorable aux femmes, mais aussi à remettre en question l’identité masculine de Dieu.

Au sein des institutions religieuses aussi, les lignes ont bougé : il existe désormais des femmes rabbins, pasteures, voire évêques (dans la religion anglicane), mais aussi des imams et muftis femmes. Seul le clergé catholique reste exclusivement masculin.

Pourtant, les femmes se retrouvent encore face à de nombreuses impasses : divorce sur décision du mari dans le judaïsme, droits restreints dans les pays musulmans…Le mouvement est donc en marche, mais la route semble encore longue.

Publication

Le Monde des religions est un magazine mensuel français édité par le groupe Le Monde depuis 2003. Chaque numéro fait un tour d’horizon des actualités du mois passé en rapport avec la religion, et présente un grand dossier sur une thématique spécifique. Il traite aussi bien des principales religions monothéistes que d’autres courants et spiritualités transversales, interrogeant le fait religieux aussi bien que les grandes questions de société à travers le prisme de la religion.

Pourquoi j’aime ?

Parce que les religions et les spiritualités constituent un domaine d’étude et de réflexion qui m’intéresse particulièrement. Parce que traiter des grandes problématiques sociétales et religieuses sans prosélytisme est selon moi le meilleur moyen de les comprendre. Parce que ce magazine représente pour des non-spécialistes une porte d’entrée intéressante vers un grand nombre de thématiques, et ouvre des horizons de réflexion et d’approfondissement. Parce que j’ai confiance dans le sérieux et la pertinence de la ligne éditoriale.

 

1001 résistances à l’alphabet latin – Le Monde diplomatique

L’emploi de cartographies est l’une des raisons qui me font adhérer et adorer le Monde Diplomatique. Une double page dont la mise en forme originale sert la pertinence du propos, qui plus est sur un sujet aussi passionnant qu’intrigant : comment notre manière de dessiner le langage en dit long sur notre Histoire et notre Culture ?

L’article-carte, produit par Philippe Descamps et Xavier Monthéard, explique pourquoi observer les alphabets, les langages et la manière d’écrire jette un nouveau regard sur le monde et la mondialisation.

A l’échelle de l’humanité, l’écrit n’est apparu que récemment, il y a 5300 ans. Il ne témoigne donc que d’une infime partie du langage et des échanges. Cependant, sa force réside dans la transmission : l’écrit a permis la diffusion des grandes croyances collectives et des grandes religions. Les différents types d’écriture se sont d’ailleurs révélés et affirmés au seins de ces grands bassins culturels et religieux et c’est à cette époque que se sont différenciés les grands alphabets que l’on connaît aujourd’hui.

La colonisation a également joué un rôle important dans l’expansion et la diffusion des alphabets dans le monde. La volonté occidentale de diffuser la culture et donc l’écrit dans laquelle la transmettre a participé à l’expansion de l’alphabet latin sur les autres continents.

Cette transmission a été facilitée par l’aisance avec laquelle n’importe quelle langue orale peut être transposée dans les principaux alphabets. La tentation était alors grande d’accéder à une forme d’écriture et de “codage” universels du langage, pour aider à la compréhension et l’alphabétisation de tous. Un mouvement dans ce sens a d’ailleurs émergé après la première guerre mondiale, bénéficiant de l’appui de l’internationale communiste.

Mais une fracture géopolitique vient mettre un terme à la dynamique : en 1934, Staline impose l’alphabet cyrillique au sein de l’URSS et coupe l’Est et les pays slaves de cet élan universaliste.

Aujourd’hui, le monde de l’écrit est en plein paradoxe : la mondialisation et le libéralisme tendent vers l’idée qu’un alphabet unique réduit les coûts et permet de normer les échanges commerciaux. Mais parallèlement, la démographie (importante dans les pays en développement et en recul dans les pays occidentaux) conduit à une prédominance de l’alphabet latin en termes d’étendue géographique mais à une émergence toujours plus grande d’autres alphabets en termes de nombre d’utilisateurs.

Dans de nombreux pays, les populations jonglent avec les alphabets, entre nécessité d’être connecté au monde globalisé et appartenance culturelle propre. Aujourd’hui, il existe dans le monde 25 écritures officielles et 5 types d’écritures différentes.

A l’avenir, une nouvelle forme d’écriture pourrait s’imposer : celle utilisée dans les échanges en ligne à travers le monde et facilitée par les nouvelles technologies, entre hybridation et mélange des grandes langues historiquement prédominantes.

Publication

Le Monde diplomatique est un journal mensuel français, fondé en 1954 comme supplément au quotidien Le Monde. Détenu en partie par ses lecteurs et ses employés, il dispose depuis d’une rédaction indépendante, mais appartient toujours au groupe. Publié en France mais aussi à l’étranger, avec 37 éditions et 20 langues différentes, il est historiquement destiné aux “cercles diplomatiques et grandes organisations” (bien que son lectorat se soit depuis diversifié). Sa portée internationale fait de lui le journal français le plus diffusé dans le monde. Humaniste, altermondialiste et engagé, le Monde diplomatique est parfois critiqué pour sa ligne éditoriale mais jouit d’une réputation d’excellence dans de nombreux cercles.

Pourquoi j’aime ?

Parce que les sujets et la manière de les traiter sont rarement vu ailleurs. Parce que j’accorde une grande confiance à la pertinence et au sérieux des contributeurs. Parce que la ligne éditoriale est à contre-courant de celle d’un grand nombre de médias. Parce que son indépendance et sa pertinence sont selon moi garants d’une liberté de la presse et de valeurs qui me sont chères.

 

“Observer les animaux nous ouvre les portes de la sagesse” – Happinez

Cette interview, menée par Susan Smit, nous fait découvrir le parcours exceptionnel de Jane Goodall, scientifique britannique de 83 ans, devenue au fil de ses missions auprès des chimpanzés en Tanzanie l’une des biologistes, primatologues et ethnologues les plus reconnues au monde.

La sagesse et le regard sur le monde de cette femme scientifiques, pionnière à une époque où elles étaient encore rares, sont exceptionnels.

Dans ses mots, teintés d’un calme et d’une sérénité remarquables, Jane Goodall appelle à un retour à la simplicité et à la protection de la nature : “Nous sommes responsables des espèces de la planète dont l’existence est menacée par le comportement irréfléchi de notre propre espèce humaine”, prévient-elle.

Sa détermination et ses connaissances du monde, des animaux et de l’humanité forcent le respect.

La biologiste explique que c’est en quittant la vie “urbaine et matérialiste” qu’elle a réalisé à quel point elle s’en sentait libérée. Dans la nature, malgré peu de possessions, la richesse et la liberté du monde se sont alors imposées à elles. “J’ai découvert qu’en fait, je me sentais plus heureuse quand je ne possédais rien et avais tout à la fois”, témoigne-t-elle.

Aussi, lorsque des années plus tard, riche de son expérience, la vie l’a de nouveau menée au coeur des villes pour partager ses connaissances et son vécu avec le monde, Jane Goodall a dû trouver des échappatoires, “bulles de nature” au milieu du béton. Selon elle, s’aérer dans les parcs, même en ville, chercher la verdure, les plantes, est un instinct naturel. “Nous avons un besoin psychologique de passer du temps dans la nature”.

Ce détachement à toute épreuve et cette soif de Vrai fait écho à la spiritualité particulière de cette femme exceptionnelle : si elle ne dit appartenir à aucune religion, Jane Goodall reconnaît un rapport fort à l’infiniment grand, cette chose “beaucoup plus forte que nous”. Selon elle, cette force coule dans tout ce qui vit. Loin de l’aspect moralisateur des grands dogmes religieux, la scientifique considère cette puissance comme détachée des notions terrestres du bien ou du mal “vous n’avez pas à la mériter, vous n’avez pas à la demander”, elle existe, simplement.

L’une de ses théories m’a tout particulièrement interpellée : celle du rapport de force entre l’intellect et le ressenti : selon Jane Goodall, au fil des générations, l’humanité a accordé une place de plus en plus importante à l’intellect. Cette “intellectualisation” du monde a conduit à une perte de l’expérience pure et du ressenti, auxquels nous serions devenus insensibles. Face à ce recul des sens, la biologiste propose de réapprendre à ressentir, en ne cherchant pas constamment à mettre des mots sur les choses et à verbaliser les pensées et émotions qui nous traversent. “Les mots sont les instruments de notre être rationnel, et quand nous ne les utilisons pas pendant quelques temps, nous laissons une chance à notre moi intuitif de se manifester”, explique-t-elle.

Jane Goodall est également adepte de la pleine conscience, qui vise à ressentir au maximum le moment présent pour ce qu’il est, sans se préoccuper des dangers à venir ou des problèmes du passé, mais en se concentrant uniquement sur ce qui est en train de se produire sur l’instant.

Publication

Happinez est un magazine bimestriel français, édité depuis janvier 2014 d’après un modèle existant déjà en Allemagne et aux Pays-Bas. Propriété du groupe Oracom, qui détient de nombreux titres de presse culturels, lifestyle et sportifs, le magazine se présente comme un féminin haut-de-gamme à la ligne éditoriale “mindstyle”, qui fait la part belle au développement personnel et à la spiritualité. Il propose des articles et des portraits d’hommes, de femmes et de courant inspirants, des regards nouveaux et optimistes sur le monde, ainsi qu’une grande variété d’initiatives pour faire bouger les lignes, à plus ou moins grande échelle.

Pourquoi j’aime ?

Parce que feuilleter ce magazine me procure une détente et un bien-être comparable à un bon bain chaud ou une séance de sophrologie. Parce que j’aime lire des choses positives, légères, même si elles frôlent parfois l’utopie ou sont servies avec approximation. Parce qu’on a besoin d’optimisme et d’idées nouvelles dans ce monde. Parce que le ton bienveillant des articles me pousse à être plus attentive et tolérante envers les autres.

 

Les chemins de la littérature – Le Point

Cette anthologie (non exhaustive) écrite par Valérie Marin La Meslée, répertorie quelques uns des textes de grands auteurs sur la marche et leur rapport à cette discipline. Intéressant d’un point de vue littéraire et créatif, cet article pointe le rapport de l’effort physique à la créativité et à la richesse de l’esprit.

Ces textes semblent unis dans leur diversité, tant la capacité de marcher, la nature et les paysages décrits ne varient pas (ou peu) selon les époques et les protagonistes. Le récit de marche prend alors une dimension universelle et atemporelle.

L’auteur qui ouvre cette galerie de portraits est Rousseau, promeneur solitaire dont les “rêveries” visent à écrire et décrire le bonheur de la promenade pour mieux le revivre. La marche représente à ses yeux le meilleur moyen de se retrouver et de réfléchir : “Il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit.”

La balade se poursuit avec Nietzsche, qui théorise l’idée que s’approprier son corps et sa destinée passe nécessairement par le mouvement, et la manière de se mouvoir. Selon lui, il s’agit de devenir soi-même en avançant, mais aussi d’affirmer ce que l’on est par sa manière d’avancer.

Victor Segalen nous accompagne ensuite à un degré supérieur de la marche : celui du voyage et de l’aventure. Ce grand marcheur a notamment détaillé son parcours en Chine et au Tibet. Dans ses écrits, il raconte par quels états passent le corps et l’esprit au fil de son parcours, et l’insatiable besoin de continuer d’avancer.

Inattendue, Simone de Beauvoir se joint au cortège : on l’ignore souvent, aux vues du reste de ses travaux, mais la philosophe était également une grande marcheuse. Plusieurs de ses textes décrivent les longues randonnées qu’elle effectuait en solitaire et le plaisir qu’elle éprouvait alors à revenir à la simplicité et à la liberté.

Femme toujours, l’exploratrice suisse Ella Maillart a elle écrit sur ses voyages en Asie. Cette courageuse journaliste et photographe voyageait pour raconter l’ailleurs, et pour “trouver ceux qui savent encore vivre en paix”. Une fantastique leçon de vie.

De son côté de la route, l’écrivain anglais Patrick Leigh Fermor a écrit plusieurs livres sur sa traversée de l’Europe à pied. Il y détaille notamment le bonheur enivrant de l’expérience et la sensation d’être pleinement vivant lorsque l’on marche.

Un sentiment partagé par Jacques Lacarrière, pour qui la marche relève de la liberté absolue et entraîne un état d’allégresse qui reconnecte au monde dans toute sa simplicité.

Nicolas Bouvier, au cours de sa vie bien remplie d’écrivain et photographe, a également parcouru le monde. Ses récits autobiographiques décrivent ces moments hors de l’espace-temps auxquels seuls l’effort physique de la marche peut donner toute leur force.

Plus récemment, le Jean-Christophe Ruffin a relevé le défi de marcher sur Compostelle (je vous parle de son livre ici). Dans son livre “Immortelle randonnée”, il raconte sa route, le dépaysement et le dépassement de soi que représente une marche en solitaire, même au coeur de l’Europe, même au XXIe siècle. Preuve en est, s’il en fallait une, que l’important est bien la voie, au-delà du but.

Publication

Le Point est un magazine hebdomadaire français créé en 1972 par d’anciens journalistes de l’Express. Il appartient aujourd’hui au groupe Sebdo-Le Point, propriété de François-Henri Pinault. Classé en centre-droit, le journal suit une ligne éditoriale ouvertement libérale. Il traite d’actualité générale, avec une part importante de politique.

Pourquoi j’aime ?

Honnêtement, je n’achète que très rarement Le Point. Il fait partie à mes yeux de la masse de news magazines à première vue interchangeables, mais qui proposent, de temps en temps, un dossier qui retient mon attention. Car si leurs marronniers “immobilier”, “hôpitaux”, ou leurs couv’ politiques tapageuses  me laissent de marbre, je suis généralement séduite par leurs sujets culture/littérature, souvent originaux et bien écrits.

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Voilà, j’espère que cette courte revue de presse vous aura donné l’envie d’aller plus loin, d’ouvrir vous aussi certains de ces journaux et magazines, ou en découvrir de nouveaux 😉

Et vous, quels sont vos titres de presse préférés ? Lesquels me conseilleriez-vous et pourquoi ?

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