La lune est à nous – Cindy Van Wilder

Ce livre faisait partie de ma sélection de la rentrée littéraire 2017, il a donc rejoint ma PAL très rapidement après sa sortie en librairie. J’avais déjà été conquise par la plume de Cindy Van Wilder dans les Outrepasseurs (qui ne s’inscrivaient pourtant pas vraiment dans mon genre littéraire de prédilection). Découvrir l’autrice dans un registre contemporain, qui plus est sur une thématique qui m’est chère, était donc obligatoire.

De quoi ça parle ?


Max et Olivia n’ont pas grand-chose en commun. Max, solitaire et complexé, peine à s’intégrer dans son nouveau lycée. Olivia, sociable et hyperactive, vient d’être recrutée par la très populaire chaîne YouTube « Les Trois Grâces » et s’investit dans le milieu associatif. Ils n’ont rien en commun, si ce n’est qu’ils sont en surpoids, et que le monde le leur fait bien payer. Lorsqu’ils se rencontrent, ils se comprennent instantanément. Et décident de réagir – chacun à sa manière. L’habit ne fait pas le moine, dit-on… Ni Max ni Olivia ne s’attend aux défis qu’ils vont rencontrer. Et si l’aiguille de la balance n’était pas le seul challenge ? Et s’il était possible de décrocher la lune, même après être tombé à terre… ?

Mon avis


Avant toute chose, cette chronique devrait commencer par un immense MERCI à l’autrice. Merci d’avoir donné une voix et un visage aux invisibles de la littérature jeunesse. Merci d’avoir mis les mots justes sur la réalité de millions de potentiels lecteurs, sans fard, sans fausse pudeur, sans tabou. Merci d’avoir donné aux rôles-modèles de la construction adolescente une vraie substance. La fiction peine parfois à attraper la vie telle qu’elle est, tant elle est soumise à la tentation et la nécessité de raccourcir, édulcorer ou angler sur des points spécifiques.

Alors c’est vrai, la littérature permet de s’évader, de vivre d’autres vies, d’autres mondes, d’oublier parfois la morosité du quotidien. Mais lire l’imparfait dans les maux d’un.e autre, et la force de surmonter les douleurs ou croche-pieds de la vie, c’est la bouffée d’oxygène indispensable que j’aurais aimé pouvoir lire 10 ans plus tôt. Ici, Olive et Max sont vrais, complexes et paradoxaux. Ils évoluent dans un univers qui ne leur fait pas de cadeau et boivent la tasse plutôt deux fois qu’une.

Leurs défauts, leurs qualités, et la justesse avec laquelle est retranscrit leur quotidien feront écho dans le coeur de tous les adolescents ou ex-adolescents, qui ont (presque) tous connu la marge, les doutes et l’intransigeance de leurs pairs.

Cindy Van Wilder est parvenue à s’imprégner et à concentrer dans son livre toutes les facettes d’une jeunesse ordinaire, en parfaite adéquation avec la réalité sociale et sociétale de notre époque et sans jamais tomber dans la caricature. Rapport au corps, au désir, à la sexualité, aux autres, mais aussi omniprésence des réseaux sociaux, féminisme, représentation des minorités… le ton et les problématiques abordées m’évoquent sur certains aspects la série norvégienne Skam (gros coup de coeur dont je vous reparlerai bientôt, et à laquelle l’autrice glisse d’ailleurs quelques références). On y retrouve aussi de manière beaucoup plus marquée la violence intergénérationelle et la construction identitaire hésitante, titubante, qui trahit des fondations familiales bancales. Mais ici, pas de quartiers chics à Oslo ni de jeunes premiers éthérés et lunaires, l’histoire s’ancre des deux pieds dans une banlieue belge populaire. Les anecdotes et la présentation des spécificités du pays participent d’ailleurs à donner au roman sa singularité.

Sur la forme, Cindy Van Wilder a choisi la narration à deux voix, un mode d’écriture que j’affectionne particulièrement. Parfaitement mise en place, elle est complétée par des flashs-backs de chacun des personnages et des inserts de conversations, réelles ou numériques. Une pluralité de formats, ardue à rendre crédible, mais qui fonctionne ici et qui retranscrit bien la diversité des modes d’expression et de confrontation au monde qu’expérimentent les adolescents aujourd’hui.

Conclusion


“La lune est à nous”, c’est une accolade bienveillante sur l’épaule de tous les adolescents qui craignent de trébucher. Un message d’espoir et d’empowerment pour relever la tête des oubliés qui n’y croyaient plus. Dans un style simple et efficace, une histoire qui tient la route sans céder à la facilité, servie par des personnages attachants qui n’en font jamais trop, bref, un sans faute du genre.

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